A Ciambra

A Ciambra

 

Calabre, la ville de Gioia Tauro, le quartier de la Ciambra et un visage de jeune adolescent qui oscille entre malice et gravité. Alors que son frère et son père sont mis à l’ombre, Pio se donne pour mission de veiller sur sa famille afin de pouvoir être considéré comme un homme aux yeux de ses aînés.

Le réalisateur Jonas Carpignano filme ce passage à l’âge d’adulte au plus près des corps dans un huis-clos au grand air méditerranéen.

Au coeur du film, il y a cet espace non-visible – et pourtant brûlant d’actualité – la pointe Sud-Ouest de l’Italie où débarquent les migrants d’Afrique noire et où les Roms – comme la famille de Pio – se sont sédentarisés depuis plusieurs générations vivant de petits trafics.

Les gamins de la Ciambra ont la même désinvolture que leurs aînés de Sciuscia (Vittorio de Sica – 1945) ou de Païsa (Roberto Rosselini – 1946). La cigarette au bec plutôt que le biberon, les neveux de Pio élisent eux aussi les ruines pour terrain de jeu.

Le cinéma italien surprend toujours par sa capacité à représenter ces lieux morcelés en marge des villes de la péninsule. Plus récemment Sciampia, la napolitaine dans Gomorra de Matteo Garrone (2008) ou Corviale la romaine dans Et in Terra Pax de Matteo Botrugno et Daniele Coluccini (2010) ont fait parler d’elles. Ce sont des espaces relégués dans les périphéries où les étrangers – policiers ou gadjos – ne pénètrent que dans des voitures rutilantes pour régler leurs affaires dans l’urgence.

Au contraire, Jonas Carpignano et son équipe ont pris le temps de se faire accepter dans le quartier. La fiction du réel qu’ils proposent en est éblouissante de complicité avec ses personnages. Porté par une puissante énergie, le film brandit l’étendard de la Ciambra, de sa singularité jusque dans son langage et de son impertinence, tel une résistance à la pauvreté.

Viviane Chaudon

A Ciambra, un film de Jonas Carpignano – sortie en salles françaises le 20 septembre 2017

A Ciambra – bande-annonce